L'agression sexuelle n'est "pas caractérisée" selon l'avocat

25/05/2021
L'agression sexuelle n'est pas caractérisée selon l'avocat

Tribunal de Tarascon : il profite d'être pompier pour abuser d'une jeune femme ivre

Par Manon Variol

Un soir de décembre 2018, où l'alcool coulait à flots, Karine*, une jeune femme de 19 ans, est mise à la porte d'une boîte de nuit arlésienne. Après 9 shooters, elle se sent mal et vomit sur le parking. Un ami l'accompagne pour surveiller son état. C'est là que Martin* arrive, en tenue de civil, se présentant comme pompier volontaire. "Je vais m'occuper de toi", lui dit-il, rassurant. Karine l'avait déjà vu plusieurs fois en soirée, mais ne lui avait jamais parlé. Considérant quelle est entre de bonnes mains, l'ami de la jeune femme s'en va.

Karine décide d'aller dormir dans sa voiture. Martin la suit et s'installe sur le siège passager. Il lui dit qu'elle est belle, qu'il aimerait être en couple avec elle. La jeune femme est trop sonnée pour rétorquer. "J'étais dans un état second", explique-t-elle. Elle commence à s'assoupir quand le jeune homme de 23 ans l'embrasse, prend ses jambes pour les masser et passe sa main dans sa culotte. "Je sens sa main sur mon sexe, et là je réagis, décrit Karine. Heureusement, mon amie Sonia* est arrivée et elle a tout interrompu."

Les deux jeunes femmes prennent la voiture pour rentrer chez Sonia, et Martin décide de les accompagner. Karine va se coucher directement. Son amie raconte ensuite que le jeune homme a tenté d'aller dans la chambre, puis finalement d'embrasser Sonia. Le lendemain, Karine se rend compte que Martin a aimé toutes ses photos sur Instagram et Facebook. Les jeunes femmes décident d'aller déposer plainte.

"Mes gestes ont été mal interprétés"

Face aux policiers, Martin reconnaît les faits. "Je ne voulais pas la violer, je voulais juste être plus proche d'elle, racontait-il. Je regrette d'avoir voulu la séduire alors qu'elle était alcoolisée." Mais à la barre du tribunal correctionnel de Tarascon, le pompier volontaire se rétracte : "Mes gestes ont été mal interprétés. Les policiers m'ont mis la pression, donc j'avais avoué. Mais je suis innocent."

Le baiser forcé ? "Je ne l'ai pas embrassée, je me suis rapproché de sa tête pour savoir si elle respirait", se justifie le secouriste. Les caresses ? "J'ai pris ses jambes pour qu'elle soit plus à l'aise, car dans une voiture, ce n'est pas confortable. Elle m'a dit qu'elle avait froid. Je n'ai pas mis ma main dans la culotte, j'ai remonté jusqu'à sa cuissepeut-être sur son ventre." Il insiste sur le fait que Karine était "en état d'ébriété avancé".

La présidente le coupe : "Mais vous n'étiez pas censé être là en qualité de pompier." "Certes, mais quand on est secouriste et qu'on voit quelqu'un en danger, on doit intervenir", rétorque Martin. La présidente lui demande alors pourquoi il va jusqu'à suivre les filles jusque chez Sonia. "Je n'avais pas beaucoup bu, et elles craignaient de croiser les gendarmes. J'ai donc conduit devant elles pour ouvrir la voie. Puis, je voulais vérifier que Karine n'allait pas vomir dans son lit."

Le jeune homme a réponse à tout, et cela énerve la procureure. "Il utilise son statut de pompier pour embrouiller tout le monde", décrète-t-elle avant de requérir 10 mois de prison, assortis d'un sursis probatoire de trois ans.

L'avocat de Karine, Me Gauthier, se dit "inquiet" d'entendre Martin clamer son innocence. "Soit il minimise les faits, en disant qu'il regrette, mais pas pour tout ce qu'on lui reproche, soit il dit être innocent et subir des pressions. Mais il a tenu le même discours face à l'expert psychiatre, à qui il disait qu'il s'en voulait", lance le conseil de la victime. Il revient sur les justifications de Martin : "Il met toujours en avant son rôle de pompier. C'est très malsain. Il va jusqu'à proposer de surveiller Karine chez son amie. Il ne lâche pas prise."

L'agression sexuelle n'est "pas caractérisée" selon l'avocat

À la défense de Martin, Me Pomares précise que, pour caractériser une agression sexuelle, "il faut un de ces cas : la violence, la menace, la contrainte ou la surprise." "Dans l'instruction, à aucun moment il n'est fait état de ces éléments," relève-t-il. Il remet en question les déclarations de la jeune femme concernant les détails dans la voiture. "Peut-être a-t-elle regretté de s'être rapproché de Martin. Il a dû draguer de manière pas très subtile, mais il ne s'agit pas d'une agression sexuelle," conclut l'avocat, qui plaide la relaxe.

Après en avoir délibéré, le tribunal condamne Martin à 10 mois de prison assortis d'un sursis probatoire de deux ans, pendant lesquels il devra justifier de soins et aura interdiction de contacter Karine. Il devra également lui verser 1 800 € d'indemnités. Désormais, le dossier de Martin est inscrit au Fijais, le fichier judiciaire automatisé des auteurs d'infractions sexuelles ou violentes.

* Les prénoms ont été changés.